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L’histoire d’amour du troubadour blayais Jaufré Rudel symbolise la puissance du fantasme et du désir de loin. Cette légende a fait le tour du monde.

L’histoire d’amour du troubadour blayais Jaufré Rudel symbolise la puissance du fantasme et du désir de loin. Cette légende a fait le tour du monde.

 

Jaufré (traduction occitane de Geoffroy) Rudel est né entre 1110 et 1130 à Blaye. Surnommé “le prince de Blaye”, il se serait octroyé ce titre en s’installant comme seigneur féodal. Si le lycée général

Jaufré Rudel dans les bras de Mélissinde
Jaufré Rudel dans les bras de Mélissinde

de la commune porte son nom, c’est que Jaufré Rudel s’est rendu éternel. Ses poèmes sont inspirés de son amour inconditionnel pour Mélissinde. Si « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas », selon le philosophe Pascal, le troubadour blayais en est l’incarnation.

Contrairement à une idée reçue, troubadour ne signifie pas musicien un peu vagabond qui, au Moyen-Age, gagnait sa vie en allant de château en château. Au contraire, c’est un noble instruit, capable d’écrire des vers et de composer. Selon la légende, contée à la Société des amis du vieux Blaye par Alain Paul, conservateur du patrimoine honoraire et ancien directeur d’archives départementales, Jaufré Rudel tomba amoureux de Mélissinde, la comtesse de Tripoli, sans la voir, uniquement à partir des récits des pèlerins qui revenaient de Turquie.

 

Une histoire d’amour sur fond de tragédie

Il décide donc d’embarquer aux côtés du roi de France Louis VII et de sa femme Aliénor d’Aquitaine pour la deuxième croisade en 1147. Mais le malheureux tombe gravement malade sur le bateau. Avertie de ses intentions, la comtesse le rejoint et le prend dans ses bras : à son contact, il reprend conscience… avant de mourir. Eperdue de douleur, la comtesse le fait enterrer dans le couvent des Templiers et se fait religieuse.

Vérité historique ou invention romanesque ? Ce récit perdure pour la force des sentiments révélés. Il exprime une vision absolue de l’amour et du désir, que le troubadour a immortalisée dans ses poèmes “Quand les jours s’allongent en mai” ou bien “Il ne sait pas chanter celui qui ne dit”, qui décrivent la tristesse face à l’absence de l’être aimé, une volonté de la rejoindre et la souffrance de l’homme épris.

Une pièce de théâtre et un opéra

Cette histoire suscite encore bien des fantasmes. Elle inspira entre autres La princesse lointaine, d’Edmond Rostand et la compositrice finlandaise Kaija Saariaho qui, en 2000, créa son premier opéra sur un livret de l’écrivain Amin Maalouf. Il est construit autour de trois personnages : un prince, un pèlerin et une belle comtesse. « Je crois que l’histoire touche le cœur des spectateurs, a confié la compositrice à un journaliste : à travers la quête d’un troubadour du Moyen Âge… il s’agit de la quête du bonheur, de l’angoisse du déracinement, du salut par l’amour. »

citadelleBlayeUNESCO châteaumédiévaldesRudel - crédit Ville de Blaye (7)