115

Dans une ruelle de la citadelle de Blaye, à l’écart des commerces et des cafés, se cache un bâtiment pas comme les autres. L’ancienne prison de la Citadelle, transformée en boulangerie au début du XIXe siècle, accueille aujourd’hui deux musées dans ses murs.

En passant le seuil, je suis accueillie par un son de clochette qui annonce mon arrivée à Marie-Ange, la responsable du musée. La première salle, qui fait office de boutique et d’accueil est haute et lumineuse. Difficile d’imaginer que ce lieu a un jour servi de prison.

Les murs sont couverts de vieux ouvrages sur la ville et sur l’Estuaire de la Gironde et une table expose deux maquettes d’un trébuchet et d’un bélier, souvenirs de la première fonction défensive de la forteresse. Avant d’entrer dans le musée à proprement parler, Marie-Ange m’explique que le musée expose en plus des outils du vieux fournil, les vestiges retrouvés dans la Citadelle et dans l’ancienne Abbaye de St Romain.

Des témoignages de l’occupation de ce promontoire rocheux depuis la Préhistoire m’attendent dans ces quelques pièces.

Le musée d’Archéologie, 7000 ans d’Histoire de Blaye

ancien fournilAu fond de la première salle, le fournil, trône encore un énorme four à pain ouvragé. Tous les outils sont rassemblés et donnent l’impression qu’il suffirait d’un peu de blé et d’un feu pour relancer la boulangerie. Pétrin, tamis, banneton… Les fiches explicatives guident ma visite et m’apprennent tout de l’art de faire cuire le pain.

En entrant dans la salle suivante, je suis aussitôt plongée au moyen-âge : une énorme porte en bois cloutée me fait face. Marie-Ange m’éclaire : il s’agit de la porte du château des Rudel, le château médiéval dont  les vestiges sont encore visibles dans la Citadelle de Vauban.

Au centre de la pièce, une maquette du château laisse imaginer la puissance de cette famille. Les autres pièces exposent des vestiges de la vie quotidienne de différentes époques. Fragments de vases, d’outils, squelettes préhistoriques, bustes brisés…

La descente dans les anciens cachots, qui ne laisse plus de doute quant à l’utilité première du bâtiment, m’offre à voir une collection hétéroclite. La preuve est  que le promontoire rocheux où est construite la Citadelle a de tout temps été habité par des hommes attirés par son positionnement stratégique.

De retour au rez-de chaussée, je découvre des outils d’agriculture anciens bien loin de nos engins actuels. Je suis bien en peine de deviner leur utilité, mais une fois encore, les fiches m’expliquent ce que j’ai besoin de savoir, et Marie-Ange n’est jamais loin pour m’éclairer en cas de questions.

Ma visite se termine dans une cour intérieure baignée de lumière abritant une magnifique rosace en pierre. Une belle découverte, issue de l’ancien lycée catholique de Blaye, et qui contraste agréablement avec l’ombre et les squelettes des cachots !

Consciente désormais de l’ancienneté de la ville et de l’importance qu’elle a eu de tout temps, je suis prête à découvrir la vie de l’Estuaire qui lui donne sa force.

L’Estuaire, entre progrès et traditions

Maquette-bateau
Maquette de bateau

Ma visite du Conservatoire de l’Estuaire, situé au-dessus du Musée, se fera sous l’égide de Jean-Louis, le responsable. Dynamisme contagieux et accent du Sud prononcé, il me précède vers l’étage où m’attendent trois salles sur l’Histoire de l’Estuaire de la Gironde, le mode de vie de ses habitants et ses traditions.

Nous entrons dans une grande pièce mansardée remplie de maquettes de bateaux tous plus beaux les uns que les autres. Des maquettes à l’échelle, faites par des passionnés. J’apprends que les deux musées existent grâce à « une association d’associations » et que ce sont des passionnés qui ont permis au conservatoire de voir le jour.

Même si un résumé de l’histoire de chaque bateau est affiché, mieux vaut être guidé par quelqu’un qui s’y connait pour ne rien rater de l’histoire du commerce bordelais, de l’évolution des marchandises et des bateaux qui les transportent. Jean-Louis s’interrompt un instant et m’entraine dans la salle d’à côté où est projeté un film.

Il l’a reconnu à la musique, ce passage parle du Mascaret, vague de 3km de long qui se forme dans l’Estuaire, attirant les surfeurs et donnant prétexte à une fête conviviale en septembre, à St Pardon de Vayre. Les images sont magnifiques, mais fin de la parenthèse, le film tourne en boucle et j’aurais tout le temps de le regarder après ma visite.

L’autre pièce de l’étage illustre le mode de vie sur l’estuaire par des maquettes, des vieux outils, des textes et même une cabane de chasseur reconstituée au centre de la salle.

Mon guide m’explique la pêche à l’esturgeon dont les œufs servaient autrefois à nourrir les cochons (ils sont aujourd’hui très appréciés et consommés sous le nom de…caviar !), le comptage des oiseaux migrateurs, les différents bateaux de pêche navigant sur l’estuaire… Quand il me laisse seule, je sais tout du mode de vie des estuariens depuis deux siècles.

Étourdie autant qu’enchantée par son énergie et sa bonne humeur, je m’accorde quelques minutes de détente devant le film. Vu d’en haut, je survole tout l’Estuaire de la Gironde, ses ports de pêche et ses vignes, apprenant l’histoire des villages et de ses habitants. Quand je redescends pour prendre congé et remercier mes deux guides, ils m’offrent un exemplaire de l’Estuarien, trimestriel centré sur l’estuaire de la Gironde.

Ces deux visites complémentaires m’ont appris beaucoup sur l’histoire de Blaye et son lien avec l’Estuaire. J’ai eu la chance d’être la seule cliente présente, j’ai donc profité de tout le musée et des guides pour moi toute seule. Si certains objets parlent d’eux-mêmes, faire la visite avec un habitant de la ville, informé et passionné, est un vrai plus pour comprendre le mode de vie des villes et villages de l’Estuaire.

Musée d’histoire et d’archéologie

La manutention Rue du 144e RI
La Citadelle – 33390 Blaye
Téléphone : 06 82 34 72 66

Ouvert toute l’année

Tarifs : 

  • 4€ par adulte (3,50€ par personne pour les groupes)
  • 3€ par enfant

Conservatoire de l’Estuaire

Ouverture d »avril à octobre tous les jours de 14h à 18h.

Tarifs : 

  • 3€ par adulte,
  • 1,70€ par enfant,
  • 2,50€ par personne pour les groupes

Tarifs en commun avec le musée d’histoire : 6€ par adulte, 3,70€ par enfant, 5€ par adulte pour les groupes