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« Ici, le silence n’existe pas. » C’est une joyeuse colonie qui a investi l’île Nouvelle depuis sa “renaturation” par le Département. Visiter l’île Nouvelle, c’est se plier aux règles naturelles et c’est fou ce que ça peut faire du bien !

 

La visite commence par la traversée de la Gironde en bateau au départ de Blaye : cinq minutes à peine de navigation, le temps de se mettre en situation. Jouant les Robinson Crusoé, nous voici échoués sur une minuscule bande de terre : 6 kilomètres de long pour 700 petits mètres de large. Toute la partie Nord est interdite au public car réservée aux surprenants habitants dont on perçoit déjà les chants. Ce site classé “espace naturel sensible” (ENS) se découvre seul ou accompagné. Aux côtés d’un guide naturaliste du Département, vous irez d’étonnement en étonnement.

Ile nouvelle et ses oeuvres artistiques - crédit Anne Claire Parolla - Copie                                                                                                                                       Les oeuvres artistiques de l’île nouvelle

L’empreinte de l’homme : le vin

Comme toutes les îles de l’estuaire, l’île Nouvelle est née d’un vasard : un amas de vase, sur lequel la végétation a fini par s’installer. Elle fait son apparition sur les cartes en 1825. Il faut faire un effort pour imaginer tout ce qui a été ici, mais la reconstitution du village à l’entrée de l’île aide. L’île Nouvelle a prospéré grâce à la culture viticole, sur un sol réputé fertile. Pour preuve, l’immense chai qui trône au cœur de la petite cité. « Les îlouts – ainsi appelait-on les habitants des îles – disaient : on plante un bâton et on ramasse des fruits », raconte Anne-Lise, notre guide. Quand la maladie du Phylloxera, ce puceron qui attaque les vignes, est apparue, le flair des insulaires les a rendus forts. « En immergeant les pieds de vigne pendant 40 jours, ils en sont venus à bout. » Mais dans les années 50, toute cette activité a peu à peu disparu, la population regagnant le continent.

En 1991, l’île Nouvelle devient propriété du département de la Gironde, qui compte bien conserver ce havre de paix. Après une première partie historique, suivie d’un pique-nique sorti du sac, la visite bascule dans la découverte ornithologique. Ouvrez grand vos yeux et vos oreilles ! Ce n’est pas un hasard si les tables pour se restaurer sont aménagées en bordure de forêt, près de la “colonie”, comme on dit. Un pique-nique sur fond de concert symphonique…

 

Le paradis des oiseaux

L’estuaire de la Gironde est un des axes majeurs pour la migration des oiseaux vers l’Afrique. Grâce au travail du conservatoire du littoral, 187 espèces ont pu être recensés en 2015 contre à peine 108 en 2006.

C’est parti pour deux heures d’observation d’oiseaux rares. Inutile de marcher bien longtemps pour assister à un bal sans égal. Vite, on attrape les jumelles et on règle la longue vue ! Ce bel oiseau blanc déployant ses ailes, est-ce une aigrette ou une spatule ? « Si elle a le cou rentré, c’est une aigrette. La spatule, qui a un bec vraiment en forme de spatule, vole le cou tendu. » Un cri nous alerte : « C’est une échasse qui protège ses poussins. » Magnifique créature noire et blanche aux très longues pattes, d’où son appellation.

Le temps est suspendu. Avec mes camarades d’aventure, nous nous prenons au jeu, à l’affût du moindre mouvement. Chevaliers, bergeronnettes grises, milans, hérons cendrés et pourpres, d’une incroyable beauté, se succèdent sous nos yeux. Le spectacle est grandiose et pourtant totalement improvisé.

 

Balade crépusculaire

Le Département innove cette année en proposant des sorties crépusculaires, entre 18 et 22 heures : instant idéal de plénitude sous une lumière extraordinaire. Tous les sens sont en ébullition : à l’approche de la “colonie”, l’ouïe se réjouit. Grrr… Roar… N’y a t’il bien que des oiseaux dans cette forêt enchantée ? L’endroit est aussi fait pour rêver…

Un petit bol d’air frais sur le trajet retour en vedette, avec vue sur le coucher de soleil, et l’on refoule la terre ferme la tête emplie d’images, de paysages et le cœur régénéré.

L'école de l'île nouvelle
L’école de l’île nouvelle