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Les fortes pluies de ces dernières semaines ont précipité le début des vendanges pour échapper au risque de pourriture. Et si la récolte est tronquée par les fortes gelées abattues au printemps dernier sur le vignoble bordelais, ce rituel automnal demeure un festival de bonne humeur, de bonnes odeurs et de douces saveurs, malgré le dur labeur.

 

Jeudi 21 septembre, 14 heures. Les vendanges viennent de commencer, un peu plus tôt dans la matinée, chez Anne Parmentier. « Comme il a beaucoup plu ces derniers jours, si la pourriture commence à s’installer, il faut se mettre à vendanger », explique la propriétaire de 22 hectares de rouge à Fours. Elle n’a pas pris le risque d’attendre plus longtemps. Seuls 25 % de ses pieds sont concernés par cette première récolte : ceux qui ont pu échapper à la gelée d’avril-mai. Car les raisins touchés sont « loin d’être à maturité ». A millésime exceptionnel, vendanges exceptionnelles : cette année, elles se feront en deux temps, avec « une dizaine de jours de décalage ».

 

Certaines grappes oubliées par la machine se ramassent toujours à la main
Certaines grappes oubliées par la machine se ramassent toujours à la main

Une équipe soudée

Anne Parmentier attaque avec ses précieux malbec, dont elle réalise chaque année une cuvée « Exubérante ». Ici, aucun saisonnier n’est embauché pour vendanger, le rituel est assuré par l’équipe habituelle. Chacun a un poste attitré : Fabrice pilote la grosse machine à vendanger, Kévin est au volant du tracteur qui tire la cuve et Valérie ainsi que Anne Parmentier sont chargées de trier au chai. La machine étant perfectible, on passe derrière pour ramasser les grappes oubliées. Et en profiter pour goûter quelques grains au parfum si fin…

Finalement à la cave, c’est tout le monde qui met du cœur à l’ouvrage, pour retirer tous les feuillages et surtout nombre d’insectes aspirés par la machine à vendanger. Araignées, « cagouilles » et autres lézards « donnent un très mauvais goût » au nectar. Bientôt, le premier jus va couler de la benne et déjà, de bonnes odeurs vont remonter…

Anne Parmentier reconnaît être entourée d’une nouvelle équipe : là voilà pourtant déjà unie, c’est la force des vendanges. « Même si on ne les fait plus à la main, les vendanges sont toujours un moment stressant, confie la viticultrice. Il faut donc cette envie de travailler ensemble et de rigoler. Ce moment où chaque maillon de la chaîne est important permet de souder une équipe. » Et l’humour est bien à l’ordre du jour. Tout en triant, on parle de soi et de ses petites habitudes : « on finit par tout savoir pendant les vendanges, il n’y a plus de secrets entre nous », sourit la patronne.

 

Tous à table pour la gerbaude

Elle reste attachée au rendez-vous traditionnel de la gerbaude, le repas de fin de vendanges. « Pour une fois, c’est moi qui les sers à table, les rôles sont un peu inversés et c’est sympa de retrouver tout le monde pour discuter des petits événements de l’année. »

Si au château Les Chaumes, les vendanges riment autant avec échange, c’est que Anne Parmentier a ça dans la peau. Tout au long de l’année, elle accueille à la propriété pour se raconter, expliquer, partager. Sur le temps de la récolte mais aussi sur celui qui va suivre dans les chais. Car sa passion est dans la vinification, avec une mention spéciale au fût de chêne et aux « tanins patinés du bois » venant se mêler à ceux du raisin. Ses deux cuvées (Malbec et Vieilles vignes) ont d’ailleurs été sélectionnées par le guide Hachette. Venant récompenser un travail qualitatif opéré dès les vendanges, conçues non pas de manière linéaire mais par parcelles, afin d’obtenir une « mise en cuve homogène ». Rien n’est laissé au hasard. Créer du vin est un art.

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